Oriane Billant vient de prêter serment, rejoignant ainsi le cercle privilégié des associés de l’étude d’administrateurs judiciaires FHBX. Dix ans après avoir découvert le métier lors d’un premier stage pendant ses études à HEC, elle devient la 12ᵉ associée de l’étude. Pour Mayday, Oriane Billant revient sur son parcours, ses engagements et sa vision du marché.
Mayday : Vous êtes devenue associée chez FHBX après près de huit années d’expérience au sein de l’étude. Quels ont été les jalons clés de votre parcours ?
Oriane Billant : En 2014, alors que je réalise mes études à HEC, je découvre par hasard, à la faveur d’une rencontre ayant abouti sur un stage chez FHBX, le métier passionnant d’administrateur judiciaire. Après une dernière année de master 2 dédiée au management de l’innovation, je rejoins en 2017 les équipes Transformation et TS & Restructuring de 8 Advisory où j’approfondis le volet chiffres et continue à côtoyer l’environnement du restructuring.
Je décide en 2018 de retourner chez FHBX et passe les examens d’accès (2020) puis d’aptitude (2024) à la profession d’administrateur judiciaire. J’ai, au cours de ces années, été amenée à travailler sur plus d’une centaine de dossiers d’une grande diversité, en amiable et en procédure collective, avec quelques dossiers emblématiques de restructuration financière comme Orpea, Technicolor ou Atos.
Mayday : Vous partagez aujourd’hui votre temps entre Marseille et Paris. Comment cette répartition géographique s’articule-t-elle avec votre activité d’administrateur judiciaire ?
OB : Les administrateurs judiciaires ont une compétence nationale et nous sommes amenés à intervenir dans diverses juridictions en fonction des besoins, et ce particulièrement en amiable. Je suis ainsi intervenue sur des mandats FHBX à Nanterre, Paris, Lille, Toulouse, Lyon par exemple mais également Marseille, où j’habite depuis 4 ans.
Mayday : La parité est aujourd’hui pleinement intégrée au sein de l’équipe d’associés de FHBX. Que dit-elle, selon vous, de la culture de l’étude et de sa manière d’exercer ce métier ?
OB : Nous partageons au sein de FHBX des valeurs et convictions très fortes qui nous guident dans l’exercice de notre métier au quotidien et imprègnent l’entreprise. Le respect des différences et le fait de valoriser la diversité des profils et des personnalités en font partie.
La parité au sein des 12 associés FHBX est ainsi l’une des multiples traductions de cette culture d’entreprise qui permet je pense d’une part à chacun de trouver une voie adaptée au sein de FHBX, mais également de répondre efficacement et avec empathie à la diversité des situations que nous rencontrons dans notre activité.
Mayday : Parmi les nombreux dossiers sur lesquels vous êtes intervenue, certains vous ont-ils particulièrement marquée ?
OB : Il y a des dossiers qui nous marquent par leur technicité, d’autres parce qu’ils sont particulièrement chargés en émotion et d’autres encore qu’une issue favorable pouvait à un moment paraître inespérée mais qu’on y est arrivés grâce à la détermination et à l’énergie conjuguée de l’ensemble des acteurs de la procédure.
En termes de technicité, Orpea a été un dossier très marquant pour moi car, au-delà de ses enjeux et de son intensité, il s’agit d’un dossier où le nouveau régime des classes de parties affectées a été particulièrement éprouvé. Il a soulevé de très nombreuses questions techniques dans un contexte particulièrement contentieux avec en outre des contraintes de calendrier importantes. Sur le même thème des classes de parties affectées, je peux aussi évoquer la procédure de redressement judiciaire d’Exterion Media France (Giraudy) où il y avait des enjeux nouveaux liés au fait qu’il s’agissait d’une procédure opérationnelle avec plusieurs milliers de créanciers.
En termes d’émotion ou d’engagement, les exemples sont très nombreux et c’est aussi ça qui fait la richesse de ce métier-passion. Je pense notamment à la société d’architectes de M. Nicolas Laisné ou celle de bâtiment WITO dont les dirigeants fondateurs ont dû accepter de profonds changements pour assurer le sauvetage de l’entreprise.
Mayday : Le marché du restructuring a connu plusieurs mutations, notamment depuis la crise Covid. Quelles évolutions vous semblent les plus structurantes aujourd’hui, et quels enjeux voyez-vous se dessiner pour les années à venir ?
OB : Je pense d’abord à l’enjeu d’information des dirigeants et décideurs sur les procédures et notamment sur l’amiable afin d’anticiper et favoriser la résolution des difficultés. La crise covid a contribué à démocratiser ces procédures et on constate depuis quelques années un essor des procédures amiables de prévention. Cela devrait se poursuivre.
L’autre évolution majeure concerne les procédures avec classes de parties affectées qui offrent de nouvelles possibilités en matière de restructurations de bilan pour les dossiers de taille importante ou, au cas par cas, pour les entreprises en dessous des seuils, et permettent le sauvetage d’entreprises en adaptant leur bilan à leur capacité de contribution au paiement de leurs dettes. Ces nouveaux outils devraient être particulièrement importants pour trouver des solutions pour un certain nombre d’entreprises qui sont globalement très endettées depuis le covid et les crises successives qui s’en sont suivies, et font actuellement face à un environnement économique dégradé avec de plus de fortes incertitudes économiques et géopolitiques.
Ces procédures se fondent sur une appréciation de la valeur des entreprises, ce qui constitue une orientation tout à fait nouvelle et qui impactera le marché du restructuring à tous les niveaux tant en matière de structuration de certains financements que dans les dynamiques de négociation amiable ou en termes de compétences des acteurs du restructuring avec un rôle renforcé des conseils financiers et administrateurs judiciaires dans ces dossiers.
Pour nous, il conviendra en particulier de rester vigilants sur les effets d’aubaine et de prévoir des clauses de retour à meilleure fortune permettant le partage de la réussite après celui des difficultés.
Propos recueillis par Agathe Caquineau