En octobre 2024, sous la présidence d’Hélène Bourbouloux, administrateur judiciaire associée chez FHBX, un groupe de travail composé de professionnels du retournement mais aussi d’entrepreneurs, philosophe ou encore champion paralympique, a publié un rapport sur l’échec et le rebond entrepreneurial. Commandé par Olivia Grégoire, alors ministre déléguée chargée des Entreprises, du Tourisme et de la Consommation, ce rapport vise à réconcilier la France avec une vision constructive de l’échec.
Selon l’INSEE, 25% des entreprises échouent dans les 2 premières années ; proportion qui devient encore plus importante pour les micro entrepreneurs et start-up. Si les facteurs d’échec sont identifiés, les conséquences économiques, sociales et psychologiques pour les entrepreneurs concernés sont quant à elles peu quantifiées et documentées.
C’est pourquoi Olivia Grégoire a lancé officiellement le 23 avril 2024 ce groupe de travail sur l’échec et le rebond entrepreneurial, sous la présidence de Maître Hélène Bourbouloux, administrateur judiciaire au sein de FHBX, avec le support de la Direction Générale des Entreprises (DGE) du Ministère de l’Economie et des Finances.
Réunissant des profils divers, ce groupe reflète la richesse des expériences autour de l’échec entrepreneurial. Parmi ses membres, on retrouve d’abord les professionnels du retournement : les administrateurs judiciaires, avec Hélène Bourbouloux et Charlotte Fort, associées chez FHBX, et les mandataires judiciaires et avocats, telles que Maîtres Valérie Leloup-Thomas et Marion Couffignal. Aux côtés de Philippe Fourquet, secrétaire général du Portail du Rebond et, afin d’élargir le champs de vision du groupe, participaient également des entrepreneurs tels qu’Éric Kayser et Sébastien Forest (Allo Resto), ainsi que de personnalités d’horizons différents, comme Michaël Jeremiasz, champion paralympique de tennis ou Bernard-Marie Augustin, Professeur et chercheur à l’Observatoire Amarok.
Au fil des mois, ces membres ont mené de nombreuses auditions d’acteurs clés : l’ARE, l’IFPPC, Prevention et Retournement, le conseil national des administrateurs et mandataires judiciaires, des représentant des juges consulaires, la Conférence Générale des Juges Consulaires, l’AGS, des présidents ou représentants d’associations d’aide aux entrepreneurs en difficulté, comme Second Souffle, 60 000 rebonds ou APESA, qui ont tous contribué à établir un rapport riche de propositions concrètes afin de déstigmatiser l’échec, favoriser le rebond ainsi que l’esprit d’entreprendre.
Un constat : une stigmatisation paralysante
En France, l’échec entrepreneurial reste associé à l’incompétence et à la défaite personnelle du dirigeant . Une perception éloignée de la culture anglo-saxonne ou israélienne dans laquelle l’échec est vu comme une étape de croissance et un élément naturel du parcours entrepreneurial. Ce biais culturel freine l’innovation, dissuade la prise de risques, et renforce une peur institutionnalisée du dépôt de bilan.
« Déposer le bilan, en France, est une épreuve », confie le mandataire judiciaire membre du groupe de travail. « Alors qu’aux États-Unis, c’est une expérience valorisée, perçue comme une connaissance des pièges à éviter» .
Par ailleurs, la culture française tend à célébrer principalement les réussites entrepreneuriales ou au contraire, met en avant les échecs spectaculaires, négligeant les aspects plus instructifs et contribuant ainsi à une perception déséquilibrée de l’entrepreneuriat, limitant l’apprentissage collectif.
Une telle stigmatisation peut décourager les individus de tenter des projets innovants et de prendre des risques inhérents à l’entrepreneuriat.
Il est alors essentiel de transformer cette perception négative en valorisant les apprentissages tirés des échecs et en encourageant une approche plus constructive de l’entrepreneuriat.
Un objectif : repenser l’écosystème pour encourager le rebond
Pour faire évoluer le regard de la société française sur l’échec, le rapport rappelle l’importance de s’attaquer aux stigmates sociaux qui y sont associés. Cela nécessite une transformation culturelle profonde à travers divers moyens tendant à encourager une vision positive et constructive de l’échec. Pour cela, le rapport formule des recommandations concrètes.
- Sensibilisation et éducation
A titre d’exemple, le groupe propose de promouvoir une « Journée du Rebond », de lancer des campagnes de sensibilisation pour changer la perception de l’échec dans l’opinion publique ou encore d’intégrer l’apprentissage par l’échec dans les cursus scolaires.
Revisiter la sémantique des termes comme « faillite » ou « liquidation » peut également jouer un rôle afin de diminuer l’impact négatif de termes péjoratifs et renforcer l’acceptation de l’échec comme étape clé vers le succès. A titre d’exemple, le rapport préconise de remplacer le terme « liquidation judiciaire » par « plan d’arrêt » ou « cessation d’activité » et de bannir le terme « débiteur » pour retenir le terme d’ « entreprise en difficulté ».
Les acteurs du retournement ont également un rôle clé à jouer dans ce changement de paradigme, en mettant en œuvre une démarche pédagogique et proactive.
- Réformes juridiques et financières
Le groupe propose de simplifier, d’accélérer les procédures collectives, et de raccourcir les délais des actions en responsabilité, de la réalisation des actifs ou ceux de la procédure de licenciement dans l’intérêt des salariés.
Aussi, afin d’encourager le recours aux procédures préventives et de lever les freins liés à la crainte des dirigeants face au tribunal et aux sanctions, le groupe de travail propose d’instaurer une présomption simple de non responsabilité. Il ne s’agit pas là d’une présomption de non sanction, puisqu’il est important de maintenir le système des sanctions pour les dirigeants indélicats. Il s’agit plutôt de conférer au dirigeant qui, de bonne foi, a essayé d’anticiper ses difficultés en ayant recours à une procédure préventive (mandat ad hoc ou conciliation), une présomption simple de non responsabilité.
- Soutien financier et institutionnel
Une fois la liquidation prononcée, il convient d’accompagner la phase de répit du dirigeant, notamment financièrement, pour lui permettre d’assumer les nécessités de la vie courante et lui permettre ainsi de rebondir plus efficacement. Cela peut passer par l’extension des modalités de garantie de dispositifs ou d’organismes existants (AGS, ATI..) ou, par le développement de fonds régionaux et nationaux pour aider les entrepreneurs à se relancer.
L’octroi d’une rémunération pendant une période 3 mois, en contrepartie d’une collaboration active à la liquidation judiciaire, accompagnerait la phase de réalisation et repositionnement et favoriserait le retour à l’emploi du dirigeant ou de l’entrepreneur. Cet accompagnement pourrait être réservé à ceux qui ont tenté le sauvetage et anticipé le recours aux outils disponibles.
Enfin le groupe de travail recommande que l’exercice des cautions soit suspendu pendant les 3 premiers mois de la liquidation, délai pendant lequel le dirigeant caution peut chercher des solutions agréées et proposer des alternatives à la brutalité de la réalisation d’une garantie.
Le groupe de travail souligne également qu’un soutien institutionnel efficace est essentiel pour renforcer la résilience des entrepreneurs après un échec. Cela inclut le développement de programmes de mentorat structurés et le renforcement des réseaux de soutien au sein de l’écosystème entrepreneurial.
Un enseignement clé : l’échec comme une étape vers le succès
Les travaux du groupe démontrent que l’échec peut devenir un tremplin pour innover, se réinventer et stimuler la création d’entreprises.
Ils soulignent également l’importance d’anticiper les difficultés : si les dirigeants osent franchir les portes des tribunaux plus tôt, soutenus par un cadre juridique moins contraignant, davantage d’entreprises pourront être sauvées.
En outre, la déstigmatisation de l’échec pourrait renforcer la résilience des entrepreneurs, en valorisant leurs apprentissages et leur expérience au service de nouvelles initiatives. En somme, l’échec ne serait plus vu comme une fin, mais comme un levier pour rebondir et contribuer à une économie plus compétitive.
Retrouver le rapport « Échec et rebond entrepreneurial » dans son intégralité : Rapport GT Echec et Rebond 31 octobre 2024.pdf
Par Agathe Caquineau